La convergence à tous les niveaux

La 37e réunion de l’EPRA à Cracovie

Le visionnage du clip « College Boy » du groupe français Indochine en début de conférence :des images choquantes d’abord pour susciter ensuite des débats animés autour de la question de la protection des mineurs dans un environnement connecté. La mise en scène d’une torture et la mise à mort d’un jeune, harcelé à l’extrême dans une cour d’école, a pour but, selon ses auteurs, de dénoncer la violence en montrant de la violence. Le CSA, en interdisant le clip sur le petit écran aux -18 ans, aurait « 35 ans de retard », selon le réalisateur du clip, étant donné les innombrables pièces audiovisuelles circulant sur Internet qui banaliseraient la violence. Les brochures éducatives et vidéos corporatives sur l’intimidation passeraient inaperçues dans une cour d’école.

Une situation qui laisse certains des 150 représentants de 49 instances de régulation bouche bée ; c’est effectivement le grand défi à l’heure actuelle de la régulation : la télévision, espace soigneusement encadré versus l’Internet, où apparemment tout est permis et accessible à toute heure. Si le CSA en France estime avoir accompli son devoir en mettant en garde les parents, certains confrères sont d’avis que les régulateurs ne sauraient remplacer l’autorité parentale. Toutefois, on s’accorde à dire que le dialogue avec les parents reste un facteur important ! D’autres régulateurs, comme les « Landesmedienanstalten » en Allemagne, continuent à investir dans l’éducation aux médias, tout en ouvrant l’œil pour les nouveaux médias également dans la formation des formateurs. A ne pas oublier l’industrie elle-même qu’il faut associer dans le développement des instruments techniques pour la protection des mineurs et faire passer le message que celle-ci n’exclut pas le succès d’une industrie émergente. Le constat donc que tous les acteurs doivent se rapprocher, que la régulation à elle seule ne suffit plus, qu’au contraire, une coopération de tous les partis impliqués s’impose.

 

Jeannot Clement et Carole Kickert à Cracovie

Le service public dans un environnement connecté : le sujet de la 2e session plénière fut l’occasion d’approfondir les connaissances sur le paysage médiatique anglophone.

Remarque générale préliminaire : les experts s’accordent à dire que tous les services publics (en Grande-Bretagne en tout cas, mais également en Irlande) ont étendu leur services sur les nouvelles plateformes de transmission. Force est de constater que les nouvelles technologies permettent une meilleure diffusion et une plus grande consultation.

Néanmoins, l’accès au contenu du géant de la branche, en l’occurrence la BBC, reste limité et est soumis à des conditions strictes, même dans un environnement connecté. Etant donné que les investissements en contenu restent élevés au sein de la BBC, ses services ne sont pas gratuits et ne pas toujours accessibles à l’étranger. En effet, des plans d’expansion à l’étranger n’existent pas pour l’instant, les ventes de contenu vers d’autres pays restant plus bénéfiques que de grands investissements ailleurs.

C’était au régulateur britannique de conclure en prédisant que la télévision va survivre, quoi qu’il arrive. En 2011 déjà, le CEO de l’Ofcom, Ed Richards, statuait que « TV is becoming the cockroach of the Internet apocalypse ».

 

Le groupe de travail „Médias locaux et associatifs“ s‘est penché sur la télé locale et la radio locale.4 grands sujets y ont été abordés :

-l’importance de la radio locale et de la télé locale pour apporter leur contribution à des sujets d’intérêts généraux

-la diversité, pluralisme et identités locales

-les points sensibles pour les autorités de régulation

-l’avenir des radios et télés locales

Malgré la grande concurrence, télés et radios (surtout en voiture) locales vont garder leur chance d’exister, voire de survivre. Télé locale et radio locale ont certainement des facteurs attirants et présentent des éléments de promotion non négligeables. La discussion libre a porté notamment sur l’attribution des licences afférentes, un sujet qui, à l’heure actuelle préoccupe la Grande-Bretagne.

En groupe de travail sur la communication politique, une grande mise en question de la stratégie des régulateurs pratiquée jusque-là. L’exemple d’un Observatoire italien auquel le régulateur italien a eu recours pendant la récente campagne électorale suscita beaucoup de réactions. L’enregistrement à la seconde près des temps de parole de politiciens incita certains régulateurs à remettre en question ce système, d’ailleurs très répandu, de monitoring. Les Italiens ont-ils fait un choix plus démocratique avec une surveillance minutieuse ? Le représentant allemand afficha un certain scepticisme en constatant qu’en Allemagne le pourcentage de jeunes aficionados de « comedy news shows » a largement pris le devant, les journaux télévisés traditionnels ne retenant plus le jeune public devant le petit écran. Le fin mot également ici : ne pas exclure les nouveaux médias des procédures actuelles, bien au contraire : essayer de les intégrer dans la régulation telle qu’elle existe. En route dès lors vers un monde effectivement connecté!

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